J’avais envie de te parler de diversité corporelle dans ce monde où l’apparence prend une place démesurée. Que ce soit par rapport à notre propre corps ou dans notre façon d’évaluer les gens qu’on ne connait pas, l’apparence physique est toujours un thème ultra présent. J’ai donc demandé à une fille géniale d’écrire sur le sujet. Elle s’assume à 100% dans qui elle est et c’est un exemple pour moi de femme forte qui se bat pour ses convictions. Son texte frappe fort et fait réfléchir. Je ne la présenterai pas, car elle le fait très bien elle-même. Annick

 

À quoi pensez-vous, quand vous voyez une femme taille plus?

Si j’en crois les commentaires à la grandeur du net, beaucoup aiment à croire qu’elle manque de volonté.

Qu’elle choisit d’être grosse. Par sa négligence et une mauvaise hygiène de vie.

Qu’elle est en mauvaise santé.

Qu’elle est inactive, voire même malpropre.

Qu’elle doit donc se sentir seule parce qu’elle n’a pas de chum.

Que c’est donc dommage dans le fond, parce qu’elle a un si joli visage !

(Les gens qui formulent ces commentaires oseraient-ils les dire à leur conjointe, leur soeur ou leur fille qui sont dodues…? Non, hein? C’est ce que je pensais.)

Avant d’aller plus loin, je me présente :

Edith, 36 ans, ex-joggeuse, fan de spinning et de randonnée qui leg press 700 lbs.

Backpackeuse avec bientôt 16 pays au compteur.

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Heureuse.

Mariée depuis 10 ans.

En forme.

Et obèse.

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Si je suis assise à l’un des bouts du “banc à 3” dans l’autobus, vous choisirez probablement de rester debout plutôt que de vous asseoir au milieu. Si c’était un homme qui manspread (et prenait plus de place que moi), feriez-vous le même choix? (Si vous restez debout, c’est que avez aussi choisi de ne pas voir que je fais attention de ne pas dépasser de mon banc!)

Si je sors du McDo avec un sac, vous penserez sans doute que je vais m’empiffrer. Ce que vous ne savez pas, c’est que c’est pour mon chum… et le McDo est sur mon chemin quand je reviens… du gym.

Ah oui, le fameux gym ! Vous êtes si certains que j’y suis pour maigrir! Encore faux. Je m’entraîne pour évacuer le stress de mon travail, pour me préparer pour ma prochaine randonnée et parce que j’aime bien le buzz d’endorphines.

Qu’est-ce qui vous étonne le plus? Que je ne suis pas ce que vous croyez? Ou de vous être laissé prendre à ne pas questionner des stéréotypes aussi douteux?

Ça fait 36 ans que je vis dans un corps hors normes; c’est une partie intégrante de mon quotidien. Depuis toujours. Pas vous.

Vous n’avez AUCUNE idée de ce que c’est que d’apprendre à soutenir vos regards qui désapprouvent. Vos “side eye” inconscients. Votre langage corporel qui me crie après.

Mais vous savez quoi? Je vous pardonne.

Plusieurs seront surpris que je n’aie pas envie de m’écraser dans un coin sombre jusqu’à disparaître sous une montagne de pots vides de Häagen-Dazs et de sacs de chips à chaque fois qu’on “réagit” à ma présence.

C’est rassurant de penser ça des gros.

Ce qui l’est moins, c’est qu’une femme de ma taille soit plutôt bien dans sa peau, alors que tellement de femmes dites “standards” sont complexées à mort.

Je suis grosse. Je ne suis pas “supposée” être bien, être heureuse, avoir une vie épanouie.

Mais c’est correct. De façon subconsciente, la société nous envoie tellement de signes que c’est honteux d’être une femme dodue.

Des signes comme ceux qu’envoient les chaînes de magasins dont les vêtements taille plus sont relégués au site web ou dans un coin reculé de la boutique :

Cher Forever XXI de la rue Ste-Catherine Ouest,

Votre section “plus” est au 3e étage.
Où il y a déjà des salles d’essayage.
Celles que vous avez décidé de condamner, pour mieux nous renvoyer… au sous-sol.
Si ÇA, ce n’est pas avoir honte (se foutre ?) de vos clientes taille plus…

Ou le fait qu’à chaque fois que je cherche des stocks photos de personne rondes pour mon blogue, tout ce que je trouve, ce sont des images à connotation négative (personnes complexées qui se mesurent, qui s’empiffrent, etc.).

Plus évident encore : la notion qu’il soit encore socialement acceptable de rire des gros. Et que personne ne s’en offusque.

En attendant que la société nous tolère (on est encore loin de parler d’acceptation!), et que “La Backpackeuse taille plus n’ait plus de raison d’être… Je persiste et je signe.

Edith, 36 ans.

Heureuse.

Mariée depuis 10 ans.

En forme.

Et obèse.